La Grèce est-elle vraiment sauvée ?

Le Point.fr – Publié le 09/03/2012 à 14:05

Le succès de la restructuration ne garantit pas à Athènes de rester dans les clous du programme élaboré par la zone euro et le FMI.

Le succès de la restructuration grecque ne suffit pas pour garantir au pays un avenir radieux.Le succès de la restructuration grecque ne suffit pas pour garantir au pays un avenir radieux. © Louisa Gouliamaki / AFP

C’est le soulagement vendredi. La Grèce et les Européens ont réussi à faire accepter aux investisseurs privés de participer au sauvetage d’Athènes. 83,5 % des banques et autres fonds détenteurs de dette grecque ont accepté « volontairement » de subir une perte de plus de 75 % de la valeur de leurs obligations pour éviter le cataclysme qu’aurait sans doute déclenché une faillite pure et simple du pays. Il faut dire que l’Institut de la finance internationale (Ifi), qui a négocié la restructuration de la dette avec le gouvernement grec, avait mis la pression sur tout le monde en estimant qu’un tel dénouement aurait coûté au minimum mille milliards d’euros, notamment aux créanciers publics d’Athènes, dont la France.

Les conditions imposées par les Européens sont donc maintenant remplies pour qu’ils acceptent de commencer à débourser le deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros promis aux Grecs dès octobre 2011, ce qui permettra à Athènes d’honorer les 14,5 milliards d’euros de dette qui arrivent à échéance le 20 mars.

Contraindre les récalcitrants

Mais le feuilleton de la restructuration grecque n’est pas refermé pour autant. L’objectif fixé par le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne (représentants des créanciers publics d’Athènes) de ramener le taux d’endettement à 120,5 % du PIB en 2020, contre 160 % actuellement, est loin d’être assuré.

Certains investisseurs privés tentent de jouer les passagers clandestins, espérant que les autres paieront à leur place, notamment parmi les détenteurs d’obligations grecques régies par le droit international (une minorité). Leur participation n’atteint en effet que 69 %, ce qui a empêché Athènes d’atteindre le taux de participation global de 90 % nécessaire pour réduire suffisamment sa dette.

C’est pourquoi le gouvernement grec réfléchit maintenant à utiliser une arme juridique pour les y contraindre. Il recommande aux Européens d’activer une clause introduite au dernier moment dans la loi grecque qui permet d’obliger les investisseurs réticents possédant des obligations régies par le droit grec à participer à la restructuration, qu’ils le veuillent ou non. La participation perdrait alors son caractère « volontaire » et devrait entraîner le dédommagement de ceux qui ont souscrit à une assurance contre un risque de défaut du pays grâce aux fameux CDS (en anglais, credit default swaps).

La sortie de route, loin d’être exclue

Au final, la restructuration devrait être mise en oeuvre lundi, et au plus tard le 23 mars pour les créanciers détenteurs de titres régis par le droit international. Mais même si la Grèce parvient à réduire sa dette de près de 100 milliards d’euros (sur un total de plus de 350 milliards), cela pourrait bien se révéler insuffisant.

Depuis le début de la crise, la zone euro et le FMI n’ont cessé de surestimer la capacité du pays à redresser ses finances publiques. La dernière prévision de PIB calculée par l’institution dirigée par Christine Lagarde est presque de 7 % inférieure à ses espérances de début 2010. Et le décrochage s’est largement accéléré en quelques mois, de juillet à décembre 2011…

Les privatisations, décisives

La réduction de la dette d’ici à 2020 dépend notamment de la mise en place d’un programme de 35 milliards d’euros de privatisations (soit 14,5 % du PIB) sur les deux prochaines années, souligne le Center for Economic and Policy Research (CEPR), un centre de recherche américain basé à Washington. Or, en septembre 2011, Athènes n’avait procédé à des privatisations qu’à hauteur d’un peu plus du dixième de cette somme (390 millions d’euros)… Malgré toute la bonne volonté du monde, il est difficile de vendre les entreprises publiques alors que leur valeur s’est effondrée « de plus de 50 % depuis le début du second trimestre » 2011, comme le note le FMI. Le risque est que leur valeur ne remonte pas dans les délais impartis. Or, si la Grèce n’arrivait pas à privatiser ne serait-ce qu’un tiers de ce qui est prévu dans les deux ans, le gouvernement serait alors obligé d’économiser 5 % de PIB supplémentaire, selon les calculs du CEPR. Autant dire que, dans cette hypothèse, les Grecs devraient encore accentuer drastiquement l’austérité.

Selon Marc Touati, directeur de la recherche économique et financière d’Assya Compagnie financière, « il faut être clair : tout comme les précédents, le dernier accord de sauvetage de la Grèce (dont fait partie la restructuration, NDLR) ne constitue qu’une fuite en avant, histoire de gagner encore quelques mois. Et pour cause : derrière leur satisfecit et leurs sourires de façade, les dirigeants de l’Union économique et monétaire continuent d’oublier l’essentiel : la restauration de la croissance. » L’avenir de la Grèce est tellement incertain que le FMI ne s’est pas encore formellement engagé à participer au nouveau plan d’aide. L’institution de Washington doit se réunir le 15 mars pour en décider.

La question de l’avenir de la Grèce reste donc posée. Parviendra-t-elle à corriger le tir en restant dans la zone euro ou devra-t-elle en sortir ?

Crise financière La Grèce en position de pouvoir restructurer sa dette

le 08/03/2012 à 17:48 par AFP

©AFP / Louisa Gouliamaki- Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos au parlement grec à Athènes le 8 mars 2012©AFP / Louisa Gouliamaki- Le ministre grec des Finances Evangelos Venizelos au parlement grec à Athènes le 8 mars 2012

 

Actualisé à 21h34.- La Grèce semblait jeudi en passe de remporter son pari en vue de la restructuration de son énorme dette, après s’être assurée un taux d’acceptation de ses créanciers privés supérieur à 75% pour l’opération d’échange d’obligations souveraines qui doit effacer une ardoise de 100 milliards d’euros.

La participation des créanciers privés de la Grèce à l’opération dite PSI d’effacement de dette «dépasse 75%» depuis au moins mercredi soir, avait indiqué à la presse une source gouvernementale grecque peu après 16H00 GMT.
La Grèce avait prévenu qu’elle renoncerait à l’opération si le taux de réponse des créanciers ne représentait pas au moins 75% de la dette, ce qui aurait de facto exposé ce pays à un défaut de paiement incontrôlé le 20 mars face à son impossibilité de rembourser 14,4 milliards d’euros d’obligations arrivant à échéance à cette date.
Les banquiers, assureurs ou gestionnaires de fonds du monde entier détenant des obligations souveraines grecques avaient jusqu’à 20H00 GMT, pour dire s’ils acceptent ou non d’échanger volontairement leurs titres de dette, sorte de semi-faillite contrôlée de la Grèce visant à pacifier la zone euro.
Les résultats doivent être annoncés à 06H00 GMT vendredi matin, avait indiqué le gouvernement grec.
Le directeur de l’Institut de la Finance Internationale (IIF) Charles Dallara qui a mené les négociations du côté des banques face au gouvernement grec pour fixer les modalités de l’échange, avait dit dans l’après-midi, à Rio de Janeiro, qu’il était «optimiste» sur le fait de parvenir à un accord «dans les prochaines heures».
A Belgrade, le Premier ministre italien Mario Monti a aussi fait part de son optimisme dans l’après-midi sur la plus grosse opération d’effacement de dette d’un pays jamais réalisée de façon volontaire par les banques dans l’histoire financière.
Dès jeudi matin, à quelques heures du dénouement de ce vaste appel à la bonne volonté des détenteurs de dette grecque, la majorité des médias grecs tablaient sur une participation d’au moins 75%.
En cas de réussite confirmée, l’échange concret des titres est prévu pour lundi pour les obligations de droit grec (86% du total) et le 11 avril pour les titres de droit étranger, selon le calendrier officiel.
Parmi les banques ayant déjà donné leur accord figurent les principales banques grecques et internationales (Deutsche Bank, HSBC, BNP Paribas, Société Générale, Dexia, Banque Nationale de Grèce, Alpha bank, Eurobank).
Une adhésion dans laquelle le conégociateur en chef de l’opération, le Français Jean Lemierre, perçoit un signal fort : «c’est très important actuellement de voir que beaucoup d’institutions qui ont des montants importants (de dettes grecques) vont à l’échange» a-t-il dit.
Le Premier ministre grec Lucas Papademos veut également croire que le message a été entendu par les créanciers : «je table sur une participation maximale du secteur privé, a-t-il déclaré jeudi après-midi, soulignant qu’ »un taux relativement limité aurait des conséquences sur l’application du programme économique de la Grèce et recèlerait des dangers pour les créanciers privés et la stabilité financière de la zone euro».
A part les grandes institutions, le reste de la dette grecque est dispersé entre des centaines de fonds d’investissement, hedge funds ou petites banques dont certains attendent la dernière minute pour se manifester.
Le scénario catastrophe d’une adhésion inférieure à 75% qui aurait précipité la Grèce vers un défaut de paiement brutal le 20 mars semblant écarté, il reste deux autres possibilités : celle de l’adhésion à 90% ou plus, qui permettrait de procéder à l’opération en douceur, et la plus probable, celle d’un résultat médian, avec une participation entre 75 et 90%, qui pourrait donner un tour contraint à la restructuration.
Le gouvernement grec a en effet introduit, de manière rétroactive, des clauses d’action collective (CAC) dans les contrats régissant les obligations éligibles à l’échange. Ces clauses permettent d’imposer à l’ensemble des créanciers l’opération qui n’aurait été acceptée que par une partie d’entre eux.
Le principal inconvénient de l’activation de clauses serait le déclenchement vraisemblable des CDS (credit default swaps), les contrats de couverture contre le risque de défaut, dont le montant net atteignait 3,2 milliards de dollars fin février.
«Si l’opération perdait son caractère volontaire (…) cela pourrait dégrader l’offre pour les créanciers», a prévenu Jean Lemierre dans un entretien avec le Monde daté du 8 mars.
Une réunion téléphonique des ministres des Finances de la zone euro est prévue pour vendredi afin de faire le point, discuter d’un éventuel déclenchement des CAC et surtout de la mise en place du prêt de 130 milliards d’euros qui doit suivre l’opération dans le cadre du deuxième plan d’aide à la Grèce.
Dans la foulée, le Fonds Monétaire International a annoncé jeudi qu’une réunion de son conseil d’adminitration pour examiner un nouveau prêt à la Grèce était provisoirement programmée le 15 mars.
La Bourse de Paris a terminé en forte hausse jeudi (+2,54%), celle de Paris d 1,18%, et celle de Francfort de 2,45%.

ENCADRE : l’effacement de la dette grecque en chiffres

L’échange de dette lancé par la Grèce à destination de ses créanciers privés, qui ont jusqu’à jeudi 20H00 GMT pour faire connaître leur participation, est un montage complexe visant à soulager le pays en effaçant plus de la moitié de l’ardoise, soit 107 milliards d’euros.

En voici les chiffres essentiels:

Le montant de la dette grecque concernée par cet échange atteint 206 milliards d’euros (sur une dette publique globale de plus de 368 milliards). Sur ces 206 milliards, 86%, soit 177 milliards, sont des obligations de droit grec, le reste étant des obligations de droit international.

Le gouvernement grec annoncera jeudi ou au plus tard vendredi matin à 06H00 GMT, le taux de participation à cet échange.

L’objectif de cette opération est de ramener le poids de la dette de plus de 160% du PIB actuellement à 120,5% en 2020.

Au total, banques, assureurs, fonds d’investissement et fonds de pension vont perdre jusqu’à 107 des 206 milliards d’euros de dette grecque qu’ils détenaient.

En échange d’une obligation d’un montant initial de 100, la Grèce propose de donner aux créanciers des titres d’une valeur de 46,5 et de renoncer au reste. Concrètement, ils vont recevoir des titres dont la valeur sera inférieure de 53,5%. Il s’agira d’obligations émises par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour 15% de la valeur initiale et de nouvelles obligations grecques pour 31,5%. Les 53,5% restants seront perdus.

Pour que l’opération permette vraiment de soulager la Grèce, il faut que la participation des créanciers privés soit importante. L’objectif visé est de 90% pour permettre un allègement suffisant de la dette: il faudrait donc que les créanciers privés représentant 90% du total de la dette concernée (206 milliards) acceptent cet échange.

Pour y parvenir, la Grèce a fixé dans un premier temps la barre à 75%, seuil dépassé dès mercredi soir, selon une source gouvernementale grecque, ce qui semble assurer Athènes de pouvoir mener à bien l’opération. Le gouvernement grec avait en effet prévenu qu’il y aurait renoncé en-deçà de ce seuil de participation.

Dans un deuxième temps, le gouvernement hellène a introduit, de manière rétroactive, des clauses d’action collective (CAC) dans les contrats régissant les obligations éligibles à l’échange.

Ces clauses permettent d’imposer à l’ensemble des créanciers une modification qui n’aurait été acceptée que par une partie d’entre eux.

Pour qu’elles soient déclenchées, il faut un quorum de participation de 50% du montant concerné par l’échange de dette et qu’ensuite 66% (les deux-tiers) de ces participants votent en faveur de la mise en oeuvre de ces clauses.

Concrètement, la Grèce a désormais la possibilité de forcer la quasi-intégralité des détenteurs de dette régie par le droit grec à accepter l’échange.

le 08/03/2012 à 17:48 par AFP

Faillite de la Grèce: un scénario catastrophe décrit par les banquiers

AFPPar Par Véronique KISS | AFP – il y a 1 heure 26 minutes
  • Risque de faillite de l’Italie et de l’Espagne, déstabilisation de l’Union européenne et des banques, craintes de moindre croissance en zone euro … l’organisation bancaire internationale décrit un véritable scénario catastrophe si la Grèce devait renoncer à payer sa dette

  • Dans un rapport diffusé mardi de source bancaire, mais rédigé mi-février avant la signature du deuxième plan de sauvetage de la Grèce, les banquiers qui ont négocié l’accord de restructuration et de réduction de la dette grecque mettent en garde sur les conséquences d’une faillite de ce pays.

Risque de faillite de l’Italie et de l’Espagne, déstabilisation de l’Union européenne et des banques, craintes de moindre croissance en zone euro … l’organisation bancaire internationale décrit un véritable scénario catastrophe si la Grèce devait renoncer à payer sa dette.

Dans un rapport diffusé mardi de source bancaire, mais rédigé mi-février avant la signature du deuxième plan de sauvetage de la Grèce, les banquiers qui ont négocié l’accord de restructuration et de réduction de la dette grecque mettent en garde sur les conséquences d’une faillite de ce pays.

Une possibilité qui n’est pas encore définitivement écartée. La communauté bancaire doit se prononcer définitivement jeudi à 20H00 GMT sur un des éléments clé du sauvetage, l’effacement de 107 milliards d’euros de dette privée sur les 350 milliards au total.

Les banques et fonds privés détenant des obligations souveraines de droit grec devront dire si oui ou non elles participent à l’opération d’échange d’obligations. Si moins de 75% y participent, le projet sera abandonné et la Grèce ne pourra rembourser le 20 mars une échéance de 14,4 milliards d’euros.

Si tel était le cas, les conséquences seraient « bien plus graves que celles de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers », dont l’effondrement avait provoqué une crise mondiale en 2008 et une déstabilisation des marchés financiers, écrivent les banquiers.

Le coût global d’un tel événement de crédit sera supérieur à 1.000 milliards d’euros, selon eux.

Premiers touchés en cas de faillite de la Grèce, la Banque centrale européenne (BCE), maillon indispensable au fonctionnement de la zone euro, et et par ricochet l’Union européenne dans son ensemble.

« Ce choc financier sur la BCE risque de secouer les fondements de l’Union monétaire », préviennent les créanciers privés expliquant que l’institution de Francfort sera obligée d’injecter davantage de liquidités sur les marchés financiers pour les stabiliser, ce qui grèvera ses capacités d’intervention dans d’autres domaines.

Quant à l’avenir européen de la Grèce, la question est délicate, reconnaissent-ils. « Mais il parait difficile de concevoir que la Grèce restera un membre fonctionnel de la zone euro en cas de défaut désordonné », indique le rapport.

Autres victimes d’un défaut de la Grèce, l’Irlande et les pays fragiles du sud de l’Europe. « La contagion va s’accélérer tout d’abord au Portugal (…) et après rapidement à l’Irlande, l’Italie et l’Espagne », note le rapport.

La faillite d’un pays ne sera plus tabou et les investisseurs vont désormais intégrer un tel scénario ce qui va augmenter leur défiance à prêter aux pays fragiles. En conséquence, les coûts d’emprunts vont exploser, pesant sur la croissance de ces pays.

Etranglés par des politiques d’austérité, le pouvoir d’achat de ces populations va se réduire et les échanges commerciaux vont diminuer, « ce qui va toucher les économies de la moitié nord de la zone euro », poursuit le document.

Par réaction en chaîne, la production industrielle dans les pays du nord de l’Europe va se réduire et « les conséquences seront significatives sur les rentrées fiscales et l’emploi », ajoute-t-il.

L’économie de l’ensemble de la zone euro va en pâtir. « Chaque point perdu de produit intérieur brut (PIB) de la zone euro dans le sillage de la faillite grecque va représenter un manque à gagner de 100 milliards d’euros par an pour cette zone », indique le rapport.

Enfin, les banques ne seront pas épargnées et devront être recapitalisés à hauteur de 160 milliards d’euros, selon ce rapport. Les Etats seraient alors appelées à contribuer à ces besoins de financements ou les banques contraintes de réduire leur bilan avec toutes les conséquences qui en découleront pour le financement des économies nationales.