EXCLUSIF. Scandale à l’IGS : l’audition du préfet de police confirmée

Le Point.fr – Publié le 11/01/2012 à 16:45 – Modifié le 11/01/2012 à 16:59

Michel Gaudin a été entendu le 15 décembre dernier dans le cadre d’une enquête sur une procédure suspecte de la police des polices. Extraits de son audition.

Le préfet de police Michel Gaudin a été entendu par un juge d'instruction dans une enquête mettant en cause la police des polices. Le préfet de police Michel Gaudin a été entendu par un juge d’instruction dans une enquête mettant en cause la police des polices. © Hadj / Sipa

Michel Gaudin, le préfet de police, a bien été auditionné dans l’affaire impliquant l’Inspection générale des services (IGS) révélée aujourd’hui par Le Monde. Le quotidien dévoile que la police des polices est soupçonnée d’avoir truqué une enquête portant sur un trafic de titres de séjour, afin de mettre en cause des hauts fonctionnaires de police proches des socialistes, peu avant la présidentielle de 2007. Le Point.fr a eu accès au procès-verbal de première déposition du préfet, sous le régime de témoin assisté. L’audition du patron de la police parisienne s’est déroulée le 15 décembre dernier devant Philippe Jourdan, vice-président chargé de l’instruction au TGI de Paris. Michel Gaudin était assisté de son avocat Me Bertrand Domenach.

Selon l’un des hauts fonctionnaires mis en cause, qui a déposé le 6 février 2009, le préfet de police serait l’un des maillons d’une chaîne qui visait à nuire à des policiers « trop proches des socialistes ». Pour cette raison, l’ancien directeur général de la police nationale répond devant le juge d’instruction de recel d’informations judiciaires. Le préfet de police se serait en effet servi d’éléments d’une procédure judiciaire pour favoriser la suspension administrative de l’un des hauts fonctionnaires. Les pouvoirs administratifs et judiciaires étant censés être séparés, la justice soupçonne l’IGS d’avoir sciemment informé le préfet de police d’une procédure judiciaire, alors que l’IGS travaillait sous l’autorité d’un juge.

Zèle du préfet

Sur le procès-verbal que nous avons pu consulter, les questions du juge sont d’emblée incisives : « Vous n’êtes pas l’autorité disciplinaire du plaignant, qu’est-ce qui vous amène à demander sa suspension ? »

Michel Gaudin répond : « Je suis l’autorité d’emploi. Le plaignant étant administrateur civil, il dépend du ministère et si on doit engager une procédure, je me dois de saisir le ministre. »

Selon le préfet, qui connaissait le plaignant de longue date, ce n’était pas la première fois qu’il faisait l’objet de suspicion dans le traitement des dossiers de permis de séjour. Mais comme le rappelle le magistrat, le plaignant n’a fait l’objet d’aucune sanction après une première procédure disciplinaire engagée. Pourtant, le juge Jourdan indique que Michel Gaudin, pour motiver sa demande de suspension, fait référence à des éléments judiciaires.

Michel Gaudin précise au juge : « Je n’ai en rien eu recours (…) au contenu de documents couverts par le secret de l’instruction. J’ai donné des éléments afin d’emporter la conviction du secrétariat général de suspendre [le plaignant]. » Le préfet souligne le zèle dont il a fait preuve en vue de faire suspendre le haut fonctionnaire. Dans quel but ? À sa décharge, Michel Gaudin pouvait ignorer que l’affaire en question était truffée de faux P-V d’audition et d’écoutes téléphoniques tronquées.

Par , Adriana Panatta et