Scandale de l’IGS : Daniel Vaillant soupçonne « une affaire grave »

 

Le Monde.fr | 11.01.2012 à 13h28 • Mis à jour le 11.01.2012 à 16h36

Par David Revault d’Allonnes

Daniel Vaillant en novembre 2008.

« Si c’est un service de police qui a monté cette affaire, c’est une affaire grave. » Après la révélation, par Le Monde, d’un « chantier » monté en 2007 contre cinq fonctionnaires de la préfecture de police et du ministère de l’intérieur, à l’époque mis en cause par l’Inspection générale des service (IGS), l’ancien ministre de l’intérieur Daniel Vaillant, « très discret » jusqu’ici selon ses propres dires, a laissé planer le soupçon d’une manipulation et évoqué des « manœuvres de basse police ».

Lire : La police des polices, au cœur d’un scandale judiciaire

Et l’ex-premier flic de France (de 2000 à 2002, dans les gouvernements Jospin) d’ajouter : « Ce sont les dirigeants de l’IGS qui auront des comptes à rendre à la justice. » « C’était à charge », affirme M. Vaillant à propos de la procédure. « Je me souviens de cet entre-deux tours des législatives où un officier de sécurité [le commandant de police Christian Massard] est mis en examen, gardé à vue, accusé d’avoir peut-être facilité l’obtention de titres. (…) Une perquisition a tout de même eu lieu à mon bureau de la mairie, ce qui m’a fait comprendre que j’étais visé. »

« JE NE SUIS PAS LA PREMIÈRE VICTIME »

Cependant, « je ne suis pas la première victime, estime M. Vaillant. J’ai résisté à tout ça, j’ai été réélu député ». Evoquant la piste d’un « montage des RG au service de l’IGS », l’ancien occupant de la place Beauvau, qui avait à l’époque porté plainte, n’a pas manqué d’en tirer des conclusions politiques.

« S’agissant de la police des polices parisiennes, je crains que ce ne soient des fautes graves qui méritent de ne pas en rester(…). L’IGS est censée être une police exemplaire. Irréprochable, comme disait M. Sarkozy », affirme  le député et maire du 18e arrondissement, qui met implicitement en cause le pouvoir actuel : « Je n’arrive pas à faire la distinction entre les gens qui dirigent la police depuis 2002″.

David Revault d’Allonnes

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/11/daniel-vaillant-soupconne-une-affaire-grave_1628338_1471069.html

 

 

Procédure truquée par l’IGS : à l’Assemblée, l’opposition dénonce des faits graves

Le Monde.fr avec AFP | 11.01.2012 à 17h09 • Mis à jour le 11.01.2012 à 20h37

Les bâtiments de l'Inspection générale des services (IGS), à Paris, le 2 octobre 2011.
Les bâtiments de l’Inspection générale des services (IGS), à Paris, le 2 octobre 2011. | Mousse/ABACA

Les révélations du Monde indiquant que l’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices », a sciemment truqué une procédure en 2007 afin de nuire à trois fonctionnaires de police jugés trop éloignés du pouvoir sarkozyste, et très proches du Parti socialiste pour deux d’entre eux, ont suscité l’indignation de l’opposition, mercredi 11 janvier, tandis que la préfecture de police a dénoncé des « allégations infondées ».

Lire « La police des polices au cœur d’un scandale judiciaire »

>> Lire Comment le ‘chantier’ monté par l’IGS s’est retourné contre les policiers

Porte-parole de la campagne de François Hollande, le député Bruno Le Roux a directement mis en cause Claude Guéant dans les couloirs de l’Assemblée peu avant la séance des questions au gouvernement mercredi après-midi. « J’ai totalement confiance dans la police et dans l’Inspection générale des services (IGS). Quand des opérations ont été montées comme cela, cela veut dire qu’il y a eu des ordres et, où que l’on remonte dans cette affaire, il y a un nom, c’est Claude Guéant », a déclaré M. Le Roux, dans les couloirs de l’Assemblée.

« Claude Guéant est au centre d’un système de pouvoir qui s’est transformé en système de clan et dont on voit qu’il tenait toutes les manettes », a insisté ce député de Seine-Saint-Denis. « C’est le premier à qui l’on doit demander des comptes. Il doit donner aujourd’hui des explications, il est au cœur de l’affaire », a-t-il martelé.

La séance des questions au gouvernement a commencé dans l’agitation, les députés socialistes brandissant la « une » du Monde sur « le scandale de la police des polices », avant que la parole soit donnée au député Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national à la sécurité du PS. « Un service de police a été instrumentalisé à des fins politiques ; des policiers intègres ont connu l’humiliation de la garde à vue, de la mise en examen, de la suspension (…). Leur vie ont été broyées parce qu’ils étaient suspectés de ne pas vouloir servir l’intérêt du ministre de l’intérieur [d’alors] Nicolas Sarkozy.  Les faits révélés par Le Monde sont graves (…), c’est une affaire terrible (…), car la police doit être au service de la Nation, et pas d’un clan » a-t-il déclaré.

« Quelle est votre responsabilité ? a-t-il dit en s’adressant à Claude Guéant, actuel ministre de l’intérieur. Puisque vous étiez à l’époque des faits vous étiez directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, comment compter vous réparer ce qui a été fait ? »

CLAUDE GUÉANT ÉVOQUE DES INFORMATIONS « TRONQUÉES »

De façon surprenante, le ministre de l’intérieur à d’abord passé plusieurs minutes à évoquer une question posée en décembre par les socialistes sur le rôle joué par Nicolas Sarkozy dans l’affaire de Karachi  :« A cette occasion, vous n’avez pas hésité à utiliser, selon votre méthode familière, l’amalgame, le mensonge », a lancé M. Guéant au Parti socialiste.

« Aujourd’hui, le même procédé recommence », a-t-il accusé avant de répondre sur les faits révélés par Le Monde. « Je voudrais que nous cessions les polémiques » a déclaré Claude Guéant dénonçant le fait que « sur la foi d’informations tronquées, de pièces de justice partielles, on instruit un procès public« .

Indiquant qu’il laissait le soin à la préfecture de police de Paris, mise en cause par l’enquête du Monde, de répliquer, il a appelé, selon les termes désormais consacrés, à laisser la justice, qui a été saisie, travailler.

La préfecture de police de Paris a réagi dans un communiqué dénonçant des « allégations infondées » dans un article mettant en cause « le fonctionnement et l’impartialité » de ses services, « ainsi que le préfet de police ». Le Monde révèle notamment que le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a été interrogé comme témoin assisté dans cette affaire.

« La préfecture de police usera de son droit de réponse auprès de l’organe de presse concerné. En outre, elle se réserve la possibilité de donner les suites judiciaires appropriées », indique le communiqué.

Toutefois, la PP n’a pas souhaité préciser ce qu’elle entendait par « allégations infondées » et n’a pas non plus confirmé ni infirmé l’audition de Michel Gaudin.

« IL FAUT, SI CES INFORMATIONS SONT PROUVÉES, QUE LA JUSTICE SOIT IMPITOYABLE »

L’IGS est soupçonnée d’avoir truqué une enquête portant sur un trafic de titres de séjour pour mettre en cause le directeur de la police générale d’alors, Yannick Blanc, son adjoint Bruno Triquenaux et Christian Massard, un policier affecté à la sécurité de l’ex-ministre socialiste de l’Intérieur, Daniel Vaillant.

Au total, quatre fonctionnaires avaient été mis en examen dans cette affaire avant d’être innocentés par la cour d’appel de Paris en janvier 2011.

Lire Quatre fonctionnaires brisés par l’affaire

Lire Marqué à gauche, l’ancien haut fonctionnaire Yannick Blanc était la cible principale de l’enquête IGS

« Si c’est un service de police qui a monté cette affaire, c’est une affaire grave », a réagi mercredi matin l’ancien ministre socialiste auprès du Monde. « Ce sont les dirigeants de l’IGS qui auront des comptes à rendre à la justice. (…) Je me souviens de cet entre-deux tours des législatives où un officier de sécurité [le commandant de police Christian Massard] est mis en examen, gardé à vue, accusé d’avoir peut-être facilité l’obtention de titres. (…) Une perquisition a tout de même eu lieu à mon bureau de la mairie, ce qui m’a fait comprendre que j’étais visé », raconte Daniel Vaillant.

Lire Daniel Vaillant soupçonne une affaire grave

« Il faut, si ces informations sont prouvées, que la justice soit impitoyable », a pour sa part déclaré François Bayrou, candidat du MoDem à l’élection présidentielle lors de l’émission « Questions d’info » (LCP-Le Monde-AFP-France Info). « C’est un problème de confiance pour la société toute entière : vous avez une police, il faut avoir confiance en elle. (…) Quand la ‘police des polices’ est elle-même soupçonnée, alors c’est à la justice d’intervenir sans faiblesse », a déclaré le candidat centriste.

 

http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/01/11/procedure-truquee-par-l-igs-a-l-assemblee-l-opposition-denonce-des-faits-graves_1628404_823448.html

En passant

Créé le 12-01-2012 à 15h52 – Mis à jour à 17h37

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant s'exprime lors d'une conférence de presse, le 5 janvier 2012 à Paris (PIERRE VERDY / AFP)

Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant s’exprime lors d’une conférence de presse, le 5 janvier 2012 à Paris (PIERRE VERDY / AFP)

Le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, demande jeudi 12 janvier « au garde des Sceaux de poursuivre en diffamation » Bruno Le Roux, porte-parole de campagne du candidat PS à la présidentielle François Hollande, qui l’a accusé d’être « au coeur » de l’affaire de l’IGS, la police des polices.

« Puisque j’ai été mis en cause directement dans une enceinte qui n’était pas une assemblée parlementaire, je vous indique que dès cet après-midi, je demande au garde des Sceaux de poursuivre en diffamation M. Bruno Le Roux », député socialiste, qui avait accusé mercredi le ministre d’être « au coeur » de l’affaire d’enquête présumée de l’IGS, a déclaré jeudi au Sénat Claude Guéant.

Le ministre répondait à deux questions du socialiste François Rebsamen, qui lui avait demandé quelle autorité a diligenté l’enquête de l’IGS, et sur l’ordre de qui l’IGS a utilisé « des documents qui auraient été truqués » dans cette enquête. « Ce qui est en cause, c’est l’honneur de la police républicaine », avait estimé ce dernier.

« Il y a des limites à tout »

« Une fois de plus l’approximation et l’amalgame servent de raisonnement », a rétorqué Claude Guéant, en accusant : « vous mettez en cause le préfet de police (de Paris Michel Gaudin, entendu dans cette affaire) au motif qu’il est proche du gouvernement ».

« Vous m’avez mis hier en cause directement », a ajouté le ministre, assurant : « je n’ai rien à voir avec cette histoire ». « Il y a des limites à tout, il y a des choses qui sont insupportables », a dit Claude Guéant d’une voix blanche, en fustigeant les « arguments invraisemblables » de ses détracteurs.

« M. Guéant ne peut rien ignorer de ce qui s’est passé là »

Bruno Le Roux a peu après répliqué ne pas « vouloir céder à l’intimidation ». « Il n’est pas question de céder à l’intimidation de Claude Guéant », a rétorqué Bruno Le Roux dans les couloirs de l’Assemblée, auprès des agences de presse.

« Depuis hier (mercredi), nous lui demandons des explications (…) J’ai une trop haute opinion des services de police et en particulier des services spécialisés » pour penser que les agissements reprochés sont de leur « responsabilité », a-t-il dit. « Soit, il y a un système où ils ont agi parce qu’on le leur a demandé, soit ils ont senti qu’il y avait une ambiance qui leur permettait de faire cela », a-t-il estimé.

« A ce moment là, M. Guéant occupait un poste de première responsabilité. Il en a occupé un dans la police, ensuite dans le cabinet de M. Sarkozy au ministère de l’Intérieur, ensuite à la présidence de la République. M. Guéant ne peut rien ignorer de ce qui s’est passé là (…). Cette affaire est très grave pour la République et l’intimidation n’a pas de place dans ces moments là », a-t-il encore dit.

Le Nouvel Observateur avec AFP

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Enquête de l’IGS : Guéant veut attaquer un porte-parole de Hollande

Scandale à l’IGS : l’ex-directeur de la police accuse

Créé le 12-01-2012 à 13h14 – Mis à jour à 17h34

Baptiste Legrand

Par Baptiste Legrand

Mis en cause par la « police des polices », débarqué par Sarkozy, mais finalement innocenté, Yannick Blanc dénonce une manipulation. Interview.

Yannick Blanc, ancien directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, est actuellement directeur-adjoint du cabinet de Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France. (AFP)

Yannick Blanc, ancien directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, est actuellement directeur-adjoint du cabinet de Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France. (AFP)

Vous êtes débarqué en janvier 2008, par un décret du président Nicolas Sarkozy, de vos fonctions de directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris. Le contexte : vous êtes visé par une enquête de l’Inspection générale des services (IGS, la police des polices). Vous avez été placé en garde à vue dans une affaire de trafic de titres de séjour, mais aucune charge n’a finalement été retenue contre vous. En janvier 2011, tous vos collaborateurs sont à leur tour innocentés. Vaste erreur de l’IGS ou bien coup monté ?

– Il n’y a pas d’erreur possible. La procédure est très longue. Des moyens procéduraux considérables ont été employés, dont des écoutes téléphoniques. Et on n’a jamais rien trouvé. Cela parce que l’infraction constitutive de l’instruction n’existe pas. Le juge d’instruction, Michèle Ganascia, a instruit uniquement à charge. Et dès que j’ai été limogé, l’IGS a cessé ses investigations.

De juin 2007 à janvier 2011, plusieurs fonctionnaires ont été mis en examen et suspendus. C’est un scandale énorme. On parle de moi car je suis la cible, mais il y a d’autres personnes qui en ont pris plein la figure. Un non-lieu a été prononcé collectivement en janvier 2011 par la chambre d’instruction, qui a dessaisi le juge d’instruction. Une telle décision est très rare.

Si ce n’est pas une erreur, reste la seconde hypothèse…

– La procédure a été falsifiée et manipulée de manière systématique par l’IGS.

L’IGS a-t-elle reçu des consignes ?

– Je n’ai aucun élément d’information qui me permette d’affirmer qu’il y ait eu un donneur d’ordre en dehors de l’IGS. Je suis même convaincu que le préfet de police, arrivé en juillet 2007 après le déclenchement de l’enquête, a découvert l’ampleur de l’affaire seulement hier. Je n’ai aucune raison de penser qu’il ait pu tremper dans cette barbouzerie. Mais lorsque fin 2007, l’affaire se développe, l’occasion était belle de se débarrasser de moi. [Yannick Blanc avait travaillé au cabinet de Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur de Lionel Jospin, NDLR].

Les responsables se trouveraient donc à l’intérieur de l’IGS ?

– Vu la façon dont l’IGS fonctionne, le responsable est à sa tête.

Le patron de l’IGS est alors Eric Meillan, nommé en 2003 par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur.

– Eric Meillan est aussi un ex-collaborateur de Claude Guéant [aujourd’hui ministre de l’Intérieur, NDLR]. A partir de là je ne peux faire que des hypothèses. Des gens ont pensé qu’ils pouvaient faire un coup.

D’où votre plainte ?

– J’ai porté plainte contre X pour faux en écriture publique par personnes dépositaires de l’autorité publique, ce qui est un crime passible de la cour d’assises.

A vous entendre, le fonctionnement même de l’IGS serait en cause ?

– L’IGS, comme tous les offices de police judiciaire, est placée sous l’autorité du parquet. Mais en réalité, le parquet n’exerce pas son contrôle. Dans notre affaire, ni le parquet ni le juge d’instruction n’exercent de responsabilité directe, ils ont été eux-mêmes intoxiqués.

Il y a un problème, qui est politique, quant à l’esprit et les critères pour nommer les gens à la tête des services de police. Nommer à la tête de l’IGS un homme qui a passé sa carrière à la DST, c’est-à-dire à manipuler des gens, me pose problème [la DST était un service de renseignement chargé du contre-espionnage, NDLR].

Le problème ne réside pas seulement à l’IGS ?

– Il est plus général. On sait très bien quel est le profil du directeur de la police nationale, Frédéric Péchenard. C’est un ami d’enfance du président de la République.

 

Ce n’est pas l’intérêt général qui prime ?

– Non, évidemment.

Yannick Blanc, ancien directeur de la police générale à la préfecture de police de Paris, est actuellement directeur-adjoint du cabinet de Jean-Paul Huchon, président PS de la région Ile-de-France.

Propos recueillis par Baptiste Legrand le jeudi 12 janvier 2012

Baptiste Legrand

Par Baptiste Legrand

Enquête IGS : un syndicat d’officiers charge la «police des polices»

Publié le 13.01.2012, 10h16 | Mise à jour : 13h15

 
Le procureur de Paris François Molins détaille dans un communiqué les six plaintes avec constitution de partie civile en cours d'instruction à Paris sur cette affaire, dans laquelle un seul policier est mis en examen.

Le procureur de Paris François Molins détaille dans un communiqué les six plaintes avec constitution de partie civile en cours d’instruction à Paris sur cette affaire, dans laquelle un seul policier est mis en examen. | AFP/Joel Saget

Les investigations menées sur l’IGS, la «police des polices», accusée d’avoir truqué une enquête en 2007 pour écarter un haut fonctionnaire marqué à gauche, sont «conduites avec diligence», selon la cour d’appel de Paris.

 
 

Le procureur de Paris François Molins a notamment détaillé dans un communiqué les six plaintes avec constitution de partie civile en cours d’instruction à Paris sur cette affaire, dans laquelle un seul policier est mis en examen. Le Syndicat national des officiers de police (Snop, majoritaire) a quant à lui chargé l’IGS en rappelant ce vendredi que ses «enquêtes internes» étaient des «zones de non droit».

Des «investigations approfondies»

D’après le quotidien Le Monde qui a révélé l’affaire, trois fonctionnaires, qui avaient un temps été mis en examen pour des soupçons de fraude au titre de séjour avant d’être blanchis, ont déposé six plaintes accusant en particulier l’IGS d’avoir truqué son enquête pour écarter un haut fonctionnaire proche de la gauche, Yannick Blanc, en 2007. Deux de ces plaintes pour «faux en écriture publique par dépositaire de l’autorité publique», déposées par Yannick  Blanc et le fonctionnaire Dominique Nicot, visent des comptes rendus de synthèse de l’IGS qu’ils soupçonnent d’être des faux.

Dans ce cadre, le commandant de police Jean-Pierre Delcher, «signataire apparent» des rapports, a été mis en examen en décembre, indique le procureur. Une autre plainte, déposée par l’officier de sécurité de l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant pour des violences présumées pendant sa garde à vue à l’IGS en 2007, a donné lieu à une enquête «proche de la clôture après investigations approfondies», selon le procureur. Dans cette enquête, un policier de l’IGS est témoin assisté. Une autre enquête pour violation du secret de l’instruction a été ouverte après une plainte de Bruno Triquenaux, qui travaillait pour Yannick Blanc. Dans cette enquête, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a été entendu comme témoin assisté en tant que signataire de la lettre de suspension de ce fonctionnaire, rappelle le procureur.

Michel Gaudin «s’honore d’être un ami de Sarkozy»

Dans un entretien au Monde dans la livraison datée samedi, il écarte d’éventuelles «raisons politiques» ayant conduit à la suspension de Yann Blanc. Michel Gaudin assure que le départ de ce fonctionnaire «aurait pu intervenir bien plus tôt et sans aucune contrainte de procédure», M. Blanc «occupant un emploi de haut fonctionnaire à la discrétion du gouvernement».

Il a publié jeudi un droit de réponse après l’article du quotidien du soir. Dans son édition datée de samedi, le Monde interroge le haut fonctionnaire. «Je n’appartiens à aucun clan: je suis un haut fonctionnaire et je n’ai pas l’habitude de m’immiscer dans les affaires politiques», a assuré Michel Gaudin dans l’entretien. Quant à ses liens supposés avec le chef de l’Etat, il ne les nie pas. Il dit avoir toujours été «au service de l’Etat», et s’ «honore d’être un ami de Nicolas Sarkozy». «Mais citez-moi un préfet de police qui n’aurait pas été un proche du président de la République?», ajoute-t-il.

Le Snop évoque des «zones de non droit»

Peu avant que le procureur ne donne ces garanties, le Syndicat national des officiers de police (Snop, majoritaire) avait mis en cause l’efficacité des «enquêtes internes» des inspections générales de la police, suspectées d’être des «zones de non droit». Pour le Snop, l’IGS illustre la nécessité d’une «évolution» des enquêtes internes de contrôle de la police où «depuis trop longtemps la garantie des droits de la défense est très insuffisante» alors que leurs «conséquences (…) peuvent être lourdes» pour les policiers qui les subissent.

Aucun des puissants syndicats de police ne s’était encore exprimé sur cette affaire qui a, selon des sources policières, semé un «profond trouble» dans les rangs de l’IGS, forte de quelque 80 policiers enquêtant notamment sur les affaires de «ripoux» dans la police.

 LeParisien.fr

Affaire de l’IGS : les lettres qui mettent la préfecture de police dans l’embarras

 

Des courriers de 2007, liés à une enquête administrative mettant en cause des employés, laisseraient entendre que de hauts fonctionnaires auraient eu accès à des éléments de la procédure judiciaire, ce qui est illégal.

THIBAULT RAISSE | Publié le 23.01.2012, 07h47

 

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Dans ce courrier, daté du 20 décembre 2007, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, propose de suspendre Bruno Triquenaux, l’un des fonctionnaires alors mis en cause dans une affaire de trafic présumé de titres de séjour. Or, Michel Gaudin semble s’appuyer sur des déclarations faites au cours d’une garde à vue menée la veille, ce qui constituerait une violation du secret de l’instruction.

Dans ce courrier, daté du 20 décembre 2007, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, propose de suspendre Bruno Triquenaux, l’un des fonctionnaires alors mis en cause dans une affaire de trafic présumé de titres de séjour. Or, Michel Gaudin semble s’appuyer sur des déclarations faites au cours d’une garde à vue menée la veille, ce qui constituerait une violation du secret de l’instruction.

De hauts fonctionnaires ont-ils trahi l’intangible secret de l’enquête? C’est l’une des questions au cœur de l’affaire qui secoue la police des polices parisienne. L’inspection générale des services (IGS) est soupçonnée d’avoir injustement mis en cause, courant 2007, cinq fonctionnaires de la préfecture de police (PP) lors d’une enquêtesur un trafic présumé de titres de séjour.

 

Notamment saisis pour « violation du secret de l’instruction », les juges d’instruction chargés de faire la lumière sur ce dossier cherchent à déterminer si de hautes personnalités de la PP, parmi lesquelles son patron, Michel Gaudin, ont eu accès au contenu des procédures judiciaires en cours. Leur but supposé : justifier les demandes de suspension ou de sanction des fonctionnaires mis en cause sans attendre le résultat des investigations. Une pratique illégale.

Cette accusation se base sur des courriers signés par Michel Gaudin et Claude Bard, alors numéro trois de l’IGS. Dans ces documents, auxquels nous avons eu accès, le préfet de police et le commissaire divisionnaire proposent de suspendre quatre des cinq employés de la préfecture en s’appuyant sur leurs gardes à vue menées la veille. « M. Bruno Triquenaux (NDLR :l’un des fonctionnaires alors soupçonnés) a reconnu avoir délivré des attestations mensongères d’hébergement à des étrangers », peut-on lire dans une lettre signée par Michel Gaudin en date du 20 décembre 2007. « Mme Nicot (NDLR : une autre employée) a reconnu avoir favorisé, de sa propre initiative et sans contrôle de sa hiérarchie, l’attribution ou le renouvellement de titres de séjour à des personnes en contrepartie de cadeaux », affirme une autre demande paraphée par Claude Bard, le 2 juin 2007.

Dans une interview au « Monde », le préfet de police Michel Gaudin a assuré s’être appuyé sur un rapport administratif de 2006 — au terme duquel Bruno Triquenaux avait écopé d’un blâme après avoir statué sur des dossiers sans en référer à son supérieur — pour proposer cette suspension.

« Ce document prouve que c’est inexact, souligne Me Lepidi, l’avocat des fonctionnaires mis en cause à l’époque. Il est fait mention noir sur blanc de cette garde à vue et des déclarations qui auraient été faites durant celle-ci, alors que M. Gaudin n’était pas censé en avoir connaissance. De plus, M. Triquenaux n’avait aucune raison de se confier à quiconque hors procédure. »

Des « aveux » qui par ailleurs se révéleront en réalité faux, comme l’a souligné la cour d’appel de Paris dans une décision de non-lieu de janvier 2011. « La présomption d’innocence de mes clients a été bafouée, poursuit Me Lepidi. L’IGS montre également qu’elle est peu respectueuse de la séparation des pouvoirs : c’est à la fois elle qui mène l’enquête judiciaire et administrative. » Entendu le 15 décembre par un juge d’instruction sous le statut de témoin assisté, Michel Gaudin a nié avoir eu connaissance de la procédure judiciaire en cours lors de la signature de la demande de suspension de Bruno Triquenaux. Claude Bard, promu depuis à la tête de l’IGS, n’a, lui, toujours pas été entendu dans le cadre de ces enquêtes.

 

Le Parisien

 

Enquête présumée truquée : l’ex-patron de l’IGS riposte

 

Créé le 16-01-2012 à 08h48 – Mis à jour à 16h14      6 réactions

 

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Alors que la justice cherche à établir si la police des polices a truqué une enquête mettant en cause quatre policiers, Eric Meillan nie s’être rendu coupable de la moindre faute déontologique.

 

"Falsifier un PV (...) ce n'est pas le style de la maison", affirme Eric Meillan. DR

« Falsifier un PV (…) ce n’est pas le style de la maison », affirme Eric Meillan. DR

L’ancien patron de l’IGS, Eric Meillan, nie s’être rendu coupable de la moindre faute déontologique, dans un entretien à parismatch.com paru lundi 16 janvier. La justice cherche en effet à établir si la police des polices a truqué une enquête mettant en cause quatre policiers dans un trafic présumé de titres de séjour, dans le but d’écarter Yannick Blanc, haut fonctionnaire de la préfecture de police de Paris marqué à gauche.

Interrogé sur les accusations de truquage de procès-verbaux d’audition, Eric Meillan, le directeur de l’Inspection générale des services (IGS) jusqu’en 2010 rétorque : « Falsifier un PV (…) ce n’est pas le style de la maison. Surtout dans une procédure judiciaire ». « Peut-être s’est-il passé des choses dont je n’ai pas eu connaissance », concède-t-il. « Je n’ai aucun élément tangible pour mettre en cause l’honnêteté de mes enquêteurs », insiste toutefois l’ancien responsable policier, aujourd’hui retraité.

Eric Meillan dément également toute intervention de nature politique dans cette affaire : « Je n »ai reçu aucune instruction dans cette affaire, ni dans aucune autre d’ailleurs ».
« Prétendre que j’ai été un proche du pouvoir, ça m’amuse! », affirme encore Eric Meillan. « Quant à Michel Gaudin, le préfet de police de Paris auprès de qui j’aurais été aux ordres selon ‘Le Monde’ (qui a révélé l’affaire, NDLR), sachez une chose : entre lui et moi, ça n’a jamais été le grand amour! »

« Pas besoin de monter un ‘chantier’! »

Eric Meillan a-t-il transmis des éléments de cette enquête judiciaire à sa hiérarchie? « Jamais! », réplique-t-il. Certes, avec Yannick Blanc, « nous n’avons jamais eu beaucoup d’atomes crochus, lui et moi », car « j’avais l’impression qu’il méprisait les policiers et qu’il voyait des complots sans arrêt », explique-t-il.

Mais Eric Meillan affirme n’avoir jamais cherché à monter une cabale qui, selon lui, n’aurait pas été utile : « Un haut fonctionnaire comme Yannick Blanc, vous le faites partir du jour au lendemain. Pas besoin de monter un ‘chantier’! Vous lui trouvez un placard doré et c’est tout. »

Quant aux accusations de Daniel Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur convaincu que son portable a été écouté durant cette enquête : « Pas à ma connaissance! On n’écoute pas un ancien ministre de l’Intérieur », rétorque Eric Meillan.

 

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

« On était présumés coupables depuis le début »

 

Trois des cinq fonctionnaires de la préfecture de police de Paris, injustement mis en cause en 2007 par une enquête de l’IGS, la police des polices, livrent un témoignage accablant. Brisés, ils attendent toujours leur réintégration.

DAMIEN DELSENY ET THIBAULT RAISSE | Publié le 14.01.2012, 10h14

 

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Préfecture de police de Paris, hier. En 2007, une enquête de l’inspection générale des services (IGS), la police des polices, met en cause cinq fonctionnaires  du bureau des affaires réservées de la préfecture de police de Paris. Ils ont été blanchis trois ans plus tard.

Préfecture de police de Paris, hier. En 2007, une enquête de l’inspection générale des services (IGS), la police des polices, met en cause cinq fonctionnaires du bureau des affaires réservées de la préfecture de police de Paris. Ils ont été blanchis trois ans plus tard. | (LP/Philippe De Poulpiquet.)

« C’est l’Outreau de la préfecture de police. » Me David Lepidi ne fait pas dans la nuance. L’avocat des cinq anciens fonctionnaires du bureau des affaires réservées, qui géraient notamment les demandes de régularisation des étrangers, et qui s’estiment victimes d’une enquête truquée de l’inspection générale des services (IGS) en 2007, parle bien d’une « machination » dont la cible principale était Yannick Blanc, patron du service de police générale alors classé « à gauche ».

 
 

Si le préfet de police Michel Gaudin a affirmé hier dans « le Monde » n’avoir rien à se reprocher, le rôle de l’IGS, lui, semble de plus en plus trouble. Le procureur de la République de Parisa souligné de son côté que les six informations judiciaires ouvertes à la suite de plaintes des mis en cause « étaient conduites avec diligence ».

Trois des acteurs malheureux de ce dossier qui travaillaient pour Yannick Blanc — Zohra Medjkoune et Dominique Nicot, deux agents du service, et leur chef Bruno Triquenaux, ancien chef du bureau des affaires réservées — ont accepté de témoigner. Mis en examen pendant plus de trois ans et suspendus, ils ont été blanchis mais restent marqués à jamais.

Comment s’est déroulée votre interpellation du 30 mai 2007 ?
ZOHRA MEDJKOUNE. Nous étions derrière notre guichet à la préfecture avec Dominique Nicot. Il y avait du monde dans la salle. Soudain, des policiers de l’IGS ont déboulé en tapant dans la porte. Tout le monde a eu peur. Immédiatement, ils nous ont montré une commission rogatoire et se sont mis à fouiller nos bureaux, les tiroirs. Nous avions trente ans d’ancienneté dans l’administration et, en quelques secondes, on s’est retrouvées plongées dans quelque chose qui nous dépassait.

DOMINIQUE NICOT. Je n’ai rien compris ; j’ai eu peur.

Vous avez alors été placées en garde à vue…
Z.M. D’abord, les policiers nous ont escortées à nos domiciles privés respectifs pour une perquisition. Chez moi, il y avait mon fils de 17 ans qui devait fêter ses 18 ans le lendemain. Quand je suis arrivée entourée de policiers, je leur ai demandé de pouvoir parler quelques secondes avec lui pour lui expliquer. Ils ont refusé.

D.N. Chez moi, ils ont pris les téléphones. De toute façon, il n’y avait rien à prendre.

Comment se sont passées vos auditions ?
Z.M. Ils nous ont sorti des dossiers, dont certains que nous n’avions même pas traités. Ils ne cherchaient pas à savoir, ils affirmaient. En plus, ils n’y connaissaient rien en droit des étrangers. Et puis ils m’ont sorti les écoutes téléphoniques faites sur ma ligne depuis des semaines. Pour moi, ç’a été comme un viol. Ensuite, on a passé notre première nuit en cellule. Là, d’un seul coup, j’ai vu passer M. Blanc. Puis Christian Massard, mon ancien compagnon et le père de mon fils (NDLR : lui aussi injustement mis en cause dans cette affaire avec Yannick Blanc). Puis mon fils lui-même, qui était là, mais que je n’ai même pas pu embrasser. Là, j’ai réalisé l’ampleur de ce qui se passait. Je me suis dit : « Je lâche tout, je leur dis ce qu’ils veulent entendre pour que tout ça s’arrête. »

D.N. J’étais dans un autre monde. Je devais partir en vacances le lendemain et je me souviens leur avoir demandé à quelle heure j’allais ressortir pour pouvoir faire ma valise… Ils voulaient que je soulage ma conscience. Mais je n’avais rien à soulager. En cellule, j’étais dans un état second. Je ne croyais pas ce que j’étais en train de vivre.

Après quarante-huit heures de garde à vue, vous avez été présentées au juge d’instruction…
Z.M.Pour la première fois, nous avons été menottées pour traverser les sous-sols du palais. Finalement, nous avons été mises en examen sous contrôle judiciaire avec l’interdiction pour moi de voir le père de mon enfant. Il fallait aussi que nous pointions au commissariat une fois par mois.

D.N. Dans son bureau, la juge a surtout lu la synthèse de l’IGS dont on sait maintenant qu’elle était truquée. Là, j’ai pensé à la prison.

Dans quel état avez-vous recouvré la liberté ?
Z.M. Des idées noires plein la tête. Je me suis dit, pour nous, des petits fonctionnaires, tout est fini. Je me suis accrochée pour mon fils. Pendant des mois, je suis descendue à ma boîte aux lettres en espérant y trouver ma lettre de réintégration. Le seul qui a cru à notre innocence, c’est notre avocat.

D.N. Totalement anéantie. Je me souviens avoir traversé la Seine. J’aurais pu me jeter à l’eau ce soir-là. J’ai pris des antidépresseurs. Moi, j’imaginais toujours que le malentendu serait levé.

Comment avez-vous vécu le non-lieu de janvier 2011 qui a reconnu votre innocence ?
Z.M. Il est tombé le jour de mon anniversaire. C’est mon plus beau cadeau.

D.N. On était présumés coupables depuis le début. C’est comme une chape de plomb qui se retirait. Moi, je pensais être réintégrée le lendemain.

Et ce n’est toujours pas le cas ?
Z.M. Nous avons retrouvé notre dignité. Mais, moi, je veux retravailler, et pas dans un placard.

D.N. On nous a oubliées. Pour l’administration, nous sommes perdues.

Pensez-vous avoir été victimes d’une machination ?
Z.M. Nous avons été des instruments pour s’en prendre à M. Blanc ; ça, nous en sommes sûres.

D.N. Et pour cela, nous avons été traitées comme des malfrats. Je ne suis même pas en colère, je suis au-delà.

 

 

Le Parisien

Enquête truquée : la police des polices soupçonnée

Le Point.fr – Publié le 11/01/2012 à 13:26 – Modifié le 11/01/2012 à 16:20

L’IGS est soupçonnée d’avoir truqué une enquête portant sur un trafic de titres de séjour en 2007.

Selon le quotidien "Le Monde", le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a été interrogé comme témoin assisté dans l'affaire.

Selon le quotidien « Le Monde », le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a été interrogé comme témoin assisté dans l’affaire. © Benaroch / Sipa

L’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices », aurait falsifié une procédure en 2007, année de l’élection présidentielle, afin de nuire à des fonctionnaires de la préfecture de police de Paris jugés trop proches du Parti socialiste, écrit Le Monde daté du 12 janvier. La préfecture de police de Paris dénonce dans un communiqué des « allégations infondées ». Le quotidien, qui parle d’un « scandale judiciaire », rapporte que des policiers de l’IGS sont soupçonnés d’avoir truqué des procès-verbaux, déformé des déclarations de personnes en garde à vue et modifié des comptes rendus d’écoutes téléphoniques pour provoquer la mise en cause de cinq fonctionnaires, dont quatre ont été mis en examen à tort en 2007.

Accusés d’avoir indûment délivré des titres de séjour et suspendus de leurs fonctions, ils ont depuis été blanchis par la cour d’appel de Paris. Au nombre des fonctionnaires visés figuraient Yannick Blanc, patron de la police générale à Paris, jugé proche de Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle de 2007, et Christian Massard, officier de sécurité de l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur Daniel Vaillant. Six informations judiciaires, confiées à quatre juges d’instruction, sont en cours sur le rôle de la « police des polices » dans cette affaire.

Selon Le Monde, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, un proche de Nicolas Sarkozy, a été entendu en qualité de témoin assisté le 15 décembre dernier dans cette affaire, ainsi que l’ancien patron des renseignements généraux Pascal Mailhos. « Ils ont tous deux été les signataires des arrêtés de suspension visant les fonctionnaires injustement accusés. Il leur est notamment reproché de s’être appuyés sur des éléments judiciaires dont ils n’auraient pas dû avoir connaissance », affirme le quotidien. Le patron de l’IGS, Claude Bard, a également été entendu.

Règles « violées »

« Outre l’institution policière, l’affaire pourrait aussi se révéler embarrassante pour Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur puis président de la République », écrit Le Monde. La préfecture de police de Paris annonce dans un communiqué qu’elle « se réserve la possibilité de donner les suites judiciaires appropriées » à l’article reposant selon elle sur des « allégations infondées ». « Le fonctionnement et l’impartialité des services de la préfecture de police ainsi que le préfet de police sont mis en cause », indique le communiqué. « Pour répondre à ces allégations infondées, la préfecture de police usera de son droit de réponse auprès de l’organe de presse concerné », ajoute-t-il.

Yannick Blanc, aujourd’hui directeur adjoint du cabinet du président du conseil régional d’Ile-de-France, le socialiste Jean-Paul Huchon, a souhaité que « le problème » du fonctionnement de l’IGS soit posé. « Qu’on ait essayé de me déstabiliser pour me faire quitter mon poste, c’est dans la carrière d’un haut fonctionnaire. Les accidents de carrière, ça n’a rien d’extraordinaire, et j’ai depuis poursuivi ma vie professionnelle », a-t-il témoigné sur France Info. Il a précisé que deux des fonctionnaires injustement mis en cause, selon lui, étaient toujours suspendus. « Lorsqu’on s’aperçoit progressivement que, dans un service qui est chargé de faire respecter la loi par la police, et de faire respecter la déontologie de la police nationale, toutes les règles sont assez systématiquement violées, il y a un problème qu’il faut poser », a dit Yannick Blanc.

EXCLUSIF. Scandale à l’IGS : l’audition du préfet de police confirmée

Le Point.fr – Publié le 11/01/2012 à 16:45 – Modifié le 11/01/2012 à 16:59

Michel Gaudin a été entendu le 15 décembre dernier dans le cadre d’une enquête sur une procédure suspecte de la police des polices. Extraits de son audition.

Le préfet de police Michel Gaudin a été entendu par un juge d'instruction dans une enquête mettant en cause la police des polices. Le préfet de police Michel Gaudin a été entendu par un juge d’instruction dans une enquête mettant en cause la police des polices. © Hadj / Sipa

Michel Gaudin, le préfet de police, a bien été auditionné dans l’affaire impliquant l’Inspection générale des services (IGS) révélée aujourd’hui par Le Monde. Le quotidien dévoile que la police des polices est soupçonnée d’avoir truqué une enquête portant sur un trafic de titres de séjour, afin de mettre en cause des hauts fonctionnaires de police proches des socialistes, peu avant la présidentielle de 2007. Le Point.fr a eu accès au procès-verbal de première déposition du préfet, sous le régime de témoin assisté. L’audition du patron de la police parisienne s’est déroulée le 15 décembre dernier devant Philippe Jourdan, vice-président chargé de l’instruction au TGI de Paris. Michel Gaudin était assisté de son avocat Me Bertrand Domenach.

Selon l’un des hauts fonctionnaires mis en cause, qui a déposé le 6 février 2009, le préfet de police serait l’un des maillons d’une chaîne qui visait à nuire à des policiers « trop proches des socialistes ». Pour cette raison, l’ancien directeur général de la police nationale répond devant le juge d’instruction de recel d’informations judiciaires. Le préfet de police se serait en effet servi d’éléments d’une procédure judiciaire pour favoriser la suspension administrative de l’un des hauts fonctionnaires. Les pouvoirs administratifs et judiciaires étant censés être séparés, la justice soupçonne l’IGS d’avoir sciemment informé le préfet de police d’une procédure judiciaire, alors que l’IGS travaillait sous l’autorité d’un juge.

Zèle du préfet

Sur le procès-verbal que nous avons pu consulter, les questions du juge sont d’emblée incisives : « Vous n’êtes pas l’autorité disciplinaire du plaignant, qu’est-ce qui vous amène à demander sa suspension ? »

Michel Gaudin répond : « Je suis l’autorité d’emploi. Le plaignant étant administrateur civil, il dépend du ministère et si on doit engager une procédure, je me dois de saisir le ministre. »

Selon le préfet, qui connaissait le plaignant de longue date, ce n’était pas la première fois qu’il faisait l’objet de suspicion dans le traitement des dossiers de permis de séjour. Mais comme le rappelle le magistrat, le plaignant n’a fait l’objet d’aucune sanction après une première procédure disciplinaire engagée. Pourtant, le juge Jourdan indique que Michel Gaudin, pour motiver sa demande de suspension, fait référence à des éléments judiciaires.

Michel Gaudin précise au juge : « Je n’ai en rien eu recours (…) au contenu de documents couverts par le secret de l’instruction. J’ai donné des éléments afin d’emporter la conviction du secrétariat général de suspendre [le plaignant]. » Le préfet souligne le zèle dont il a fait preuve en vue de faire suspendre le haut fonctionnaire. Dans quel but ? À sa décharge, Michel Gaudin pouvait ignorer que l’affaire en question était truffée de faux P-V d’audition et d’écoutes téléphoniques tronquées.

Par , Adriana Panatta et

Nouvelles révélations dans le scandale de l’IGS

Le Point.fr – Publié le 12/01/2012 à 08:08 – Modifié le 12/01/2012 à 12:15

EXCLUSIF. Comment des agents de l’IGS ont été eux-mêmes manipulés pour truquer une enquête mettant en cause des policiers « de gauche ».

Le siège de la préfecture de Paris. © François Guillot / AFP

Les accusations sont graves. Elles émanent d’un fonctionnaire de police dont l’IGS, l’Inspection générale des services, aurait falsifié la signature sur un P-V. Objectif : mouiller d’autres fonctionnaires dans l’affaire de l’enquête « truquée » à des fins qui pourraient être politiques. Le Point.fr a pu consulter l’audition de ce commandant de police qui semble avoir été trahi par l’IGS, son propre service. Le faux présumé est un procès-verbal de synthèse établi en 2007 qui met gravement en cause Yannick Blanc, le directeur de la police générale à la préfecture de police, marqué à gauche. Il est signé du commandant Jean-Pierre Delcher.

Interrogé le 15 septembre 2010 par la juge d’instruction de Paris, Jeanne Duyé, Delcher conteste être l’auteur du P-V et il contre-attaque : « Si l’on a décidé de mettre mon nom à mon insu sur un procès-verbal, en imitant mon visa, pour y porter des accusations infondées ou mensongères à l’encontre d’un fonctionnaire de haut rang, c’est que le ou les auteurs connaissaient parfaitement l’état de santé physique et psychique qui était le mien. Il leur permettait de présager mon décès, susceptible d’intervenir avant que M. Blanc ne puisse engager une action à la suite des faits dont il a été injustement victime. »

Grave maladie

Des policiers de l’IGS sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir manipulé des P-V, déformé des déclarations de personnes en garde à vue, et modifié des comptes rendus d’écoutes téléphoniques pour provoquer la mise en cause de cinq fonctionnaires, dont quatre ont été mis en examen en 2007. Accusés d’avoir indûment délivré des titres de séjour, ils ont été suspendus de leurs fonctions avant d’être blanchis définitivement en janvier 2011 par la cour d’appel de Paris.

« Je ne reconnais ni mon style d’écriture ni ma signature », affirme Jean-Pierre Delcher dans l’audition que le Point.fr a pu consulter. En raison d’une grave maladie, le commandant de police bénéficiait d’un emploi du temps allégé. Ainsi lorsque les gardés à vue sont présentés à l’IGS aux alentours de 23 heures, le policier a déjà terminé son service depuis quelques heures.

Un « expert » sur mesure

La juge Jeanne Duyé a comparé d’anciens P-V rédigés par le commandant avec celui qui accable Yannick Blanc. Elle met en évidence un style « diamétralement opposé au procès-verbal incriminé tant sur la forme que sur le fond ainsi qu’une signature différente sur les procès-verbaux de synthèse ».

De même, la signature d’un autre officier, celle d’Isabelle Sablayrolles, a été usurpée. Entendue à son tour, en novembre 2010, elle refusait d’authentifier sa signature sur l’audition d’un « expert » appelé à la rescousse par le patron de l’IGS et chargé de prouver que les titres de séjour délivrés par les fonctionnaires incriminés étaient caducs. Or ce soi-disant expert était à l’époque des faits, en 2007, specialiste dans la gestion des fonds européens à la préfecture de région Rhône-Alpes. Une matière très éloignée des titres de séjour… Auditionné à son tour par la juge, le spécialiste reconnaîtra lui-même qu’il ne connaissait pas grand-chose en titres de séjour mais qu’il répondait à un service demandé par un ami du patron de l’IGS !

Si aujourd’hui les manipulations commises par l’IGS semblent avérées, il reste aux magistrats saisis à relier les faits entre eux. Il s’agit désormais de comprendre dans quel but ce « chantier » a été monté. Et à qui cela profitait…

Par , et Adriana Panatta

L’ex-patron de l’IGS récuse le soupçon de truquage d’une enquête

 

Le Point.fr – Publié le 16/01/2012 à 08:51

Éric Meillan est mis en cause dans une affaire d’enquête truquée, mais il nie s’être rendu coupable de la moindre faute déontologique.

Éric Meillan, le directeur de l'Inspection générale des services (IGS) jusqu'en 2010, est mis en cause par la justice, qui cherche à établir si l'IGS a faussement mis en cause quatre policiers dans un trafic présumé de titres de séjour.Éric Meillan, le directeur de l’Inspection générale des services (IGS) jusqu’en 2010, est mis en cause par la justice, qui cherche à établir si l’IGS a faussement mis en cause quatre policiers dans un trafic présumé de titres de séjour. © Jack Guez / AFP

L’ancien patron de l’IGS, la police des polices parisienne mise en cause dans une affaire d’enquête truquée, nie s’être rendu coupable de la moindre faute déontologique, dans un entretien à parismatch.com à paraître lundi. Interrogé sur les accusations de truquage de procès-verbaux d’audition, Éric Meillan, le directeur de l’Inspection générale des services (IGS) jusqu’en 2010 rétorque : « Falsifier un P-V (…), ce n’est pas le style de la maison. Surtout dans une procédure judiciaire. » « Peut-être s’est-il passé des choses dont je n’ai pas eu connaissance », concède-t-il. « Je n’ai aucun élément tangible pour mettre en cause l’honnêteté de mes enquêteurs », insiste toutefois l’ancien responsable policier, aujourd’hui retraité.

La justice cherche à établir si l’IGS a faussement mis en cause quatre policiers dans un trafic présumé de titres de séjour dans le but d’écarter, dans le contexte de la présidentielle de 2007, un haut fonctionnaire de la préfecture de police de Paris marqué à gauche Yannick Blanc. Éric Meillan dément également toute intervention de nature politique dans cette affaire : « Je n’ai reçu aucune instruction dans cette affaire, ni dans aucune autre d’ailleurs. »

Une cabale qui « n’aurait pas été utile »

« Prétendre que j’ai été un proche du pouvoir, ça m’amuse ! » affirme encore Éric Meillan. « Quant à Michel Gaudin, le préfet de police de Paris auprès de qui j’aurais été aux ordres selon Le Monde (qui a révélé l’affaire, NDRL), sachez une chose : entre lui et moi, ça n’a jamais été le grand amour ! » Éric Meillan a-t-il transmis des éléments de cette enquête judiciaire à sa hiérarchie ? « Jamais ! » réplique-t-il. Certes, avec Yannick Blanc, « nous n’avons jamais eu beaucoup d’atomes crochus, lui et moi », car « j’avais l’impression qu’il méprisait les policiers et qu’il voyait des complots sans arrêt », explique-t-il. Mais il dit n’avoir jamais cherché à monter une cabale qui, selon lui, n’aurait pas été utile : « Un haut fonctionnaire comme Yannick Blanc, vous le faites partir du jour au lendemain. Pas besoin de monter un chantier ! Vous lui trouvez un placard doré et c’est tout. »

À propos des accusations de Daniel Vaillant convaincu que son portable avait été écouté pendant cette enquête : « Pas à ma connaissance ! On n’écoute pas un ancien ministre de l’intérieur », rétorque Éric Meillan, dont l’interview a été réalisée samedi par Paris-Match.

IGS : L’enquête se concentre sur une éventuelle falsification de pièces

 

Le Point.fr – Publié le 13/01/2012 à 13:45

Le procureur de la République de Paris François Molins a fait le point vendredi sur les investigations en cours.

Le siège de la préfecture de Paris. Le siège de la préfecture de Paris. © François Guillot / AFP

L’enquête sur la « police des polices » parisienne (IGS), soupçonnée d’avoir truqué des investigations pour écarter un haut fonctionnaire marqué à gauche, se concentre sur d’éventuelles falsifications de pièces et une violation du secret de l’instruction. Le procureur de la République de Paris François Molins a fait le point vendredi sur des investigations révélées mercredi par Le Monde et conduites « avec diligence » après les six plaintes avec constitution de partie civile déposées à Paris. Un seul policier est jusqu’à présent mis en examen.

Les plaintes ont été déposées notamment par des fonctionnaires de la préfecture de police (PP) de Paris, un temps mis en examen pour des soupçons de fraude aux titres de séjour avant d’être blanchis. Ils accusent l’IGS d’avoir truqué son enquête pour écarter durant la période de la présidentielle de 2007 Yannick Blanc, un haut fonctionnaire de la PP, proche de la gauche. Yannick Blanc et quatre fonctionnaires avaient été placés en garde à vue et ces derniers mis en examen. Deux de ces plaintes pour « faux en écriture publique par dépositaire de l’autorité publique », déposées par Yannick Blanc et une fonctionnaire, Dominique Nicot, visent des comptes rendus de synthèse des P-V d’audition lors des gardes à vue. Selon les plaignants, des déclarations ont été modifiées pour faire accroire qu’ils reconnaissaient des faits délictueux.

Mise en examen

Dans cette enquête, le commandant de police Jean-Pierre Delcher, « signataire apparent » des rapports, a été mis en examen en décembre, a précisé le procureur, insistant sur le fait que d’autres personnes n’avaient pas été mises en cause « en l’absence d’indices graves et concordants ». Interrogé en septembre 2010 par le juge, Jean-Pierre Delcher a nié être l’auteur du document incriminé. « Si on a décidé de mettre mon nom à mon insu (…) c’est que le ou les auteurs connaissaient l’état de santé physique et psychique qui était le mien. Il leur permettait de présager mon décès » dans un délai assez proche, a-t-il expliqué selon le P-V d’audition publié par le Point.fr. En revanche, le juge a estimé irrecevable une procédure dénonçant la retranscription altérée d’écoutes téléphoniques.

Une autre plainte, déposée par Christian Massard, l’officier de sécurité de l’ancien ministre PS de l’Intérieur Daniel Vaillant pour des violences présumées pendant sa garde à vue à l’IGS en 2007, a donné lieu à une enquête « proche de la clôture après investigations approfondies », selon le procureur. Dans cette enquête, un policier de l’IGS est témoin assisté. Une autre enquête pour violation du secret de l’instruction a été ouverte après une plainte de Bruno Triquenaux, subordonné de Yannick Blanc.

Dans ce dossier, le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, a été entendu comme témoin assisté en tant que signataire de la lettre de suspension de ce fonctionnaire. « Je n’ai jamais eu accès aux procédures judiciaires de l’IGS », a répété Michel Gaudin dans un entretien au Monde daté de samedi. « Je n’appartiens à aucun clan », a-t-il ajouté, en niant que l’enquête de l’IGS ait visé M. Blanc, qui « n’a quitté ses fonctions qu’en janvier 2008 ». Michel Gaudin a récusé tout motif politique à un départ qui « aurait pu intervenir bien plus tôt et sans aucune contrainte de procédure, Yannick Blanc occupant un poste de haut fonctionnaire à la discrétion du gouvernement ». Jeudi, Yannick Blanc a demandé la réintégration de ses deux ex-subordonnées suspendues. Une source proche du dossier a assuré qu' »elles n’en ont jamais fait la demande ». Mais leur avocat, Me David Lepidi, a affirmé vendredi « avoir les preuves matérielles » d’avoir fait, à deux reprises, en mars et en mai 2011, une demande d’examen de leur situation.

Scandale de l’IGS – Lepidi : « Le préfet de police devrait présenter ses excuses aux victimes »

Le Point.fr – Publié le 15/01/2012 à 17:49 – Modifié le 15/01/2012 à 20:24

Le Point.fr ouvre son espace « Débattre » à Sihem Souid, auteur de « Omerta dans la police ».

C’est un jeune homme discret, de 34 ans, qui travaille ses dossiers dans l’ombre de son bureau quand d’autres paradent dans les médias. Me David Lepidi est l’avocat de l’ancien ministre Daniel Vaillant, et il défend aujourd’hui cinq fonctionnaires de police mis en cause par leur hiérarchie à partir d’une enquête présumée tronquée de l’IGS, la police des polices. Petit-fils de Jean-Charles Lepidi, un ancien député gaulliste de Paris, et fils de Bernard Lepidi, vice-président d’une formation de droite, proche de Nicolas Sarkozy, Me Lepidi n’a rien d’un gauchiste et vote même toujours à droite : « Je fais abstraction de toute considération politique quand je défends un client, quel qu’il soit. Quand on est avocat, il faut savoir se déprendre de ses amis et de ses ennemis politiques », explique-t-il.

David Lepidi, comme pour brouiller les pistes, fut un excellent gestionnaire de portefeuille dans une vie antérieure, et même consultant sur l’antenne de la très libérale Bloomberg TV, et son sentiment sur l’évolution des marchés financiers est toujours très sollicité. Comment alors est-il devenu en quelques jours l’homme qui fait perdre son sang-froid à Claude Guéant, à l’Assemblée nationale, en mettant au jour un complot présumé contre de hauts fonctionnaires réputés proches de la gauche ?

Police de Sarkozy

« Lorsque j’ai pris la défense de Christian Massard, le policier du SPHP (Service de protection des hautes personnalités), chargé de la protection rapprochée de Daniel Vaillant, j’étais convaincu qu’il allait disparaître dans les trois mois qui suivraient notre entretien, il était amaigri, malade… C’est la chose qui m’a profondément marqué. » Il a passé 50 % de son temps de travail, près de 2 500 heures en quatre ans et demi, sur ce dossier. Il ne délègue jamais pour s’imprégner de la procédure en entier. Les victimes présumées de l’IGS n’ont jamais bénéficié de la protection juridique – la prise en charge de leur défense par l’administration -, contrairement à de grands flics, eux mis en examen.

« Je suis atterré de voir que Michel Gaudin, le préfet de police, a immédiatement apporté son soutien à un service de police accusé de faits graves, plutôt que de présenter ses excuses aux victimes de l’affaire », dit l’avocat. Ses clients blanchis par la justice, les magistrats entendent désormais faire toute la lumière sur les manipulations supposées des enquêteurs. David Lepidi n’a pas fini de croiser le fer avec la police de Sarkozy.

Par Sihem Souid

EXCLUSIF. Scandale de l’IGS : un témoin victime de chantage sexuel

Le Point.fr – Publié le 16/01/2012 à 17:10 – Modifié le 16/01/2012 à 17:51

 

Le Point s’est procuré l’attestation d’un témoin qui aurait été victime de « fortes pressions » de la part de la police des polices.

L'ex-directeur de la police générale, Yannick Blanc, ici en 2006.L’ex-directeur de la police générale, Yannick Blanc, ici en 2006. © Jean Ayissi / AFP

« Quand j’ai dit que je ne signerais pas ce qui était écrit, ils ont dit qu’ils allaient s’occuper de ma femme enceinte et faire en sorte qu’elle soit reconduite en Russie. Ils m’ont aussi menacé de me retirer ma carte de séjour et de me faire repartir en Roumanie si je ne signais pas sans relire. » Le Point.fr a pu se procurer un élément de l’enquête : l’attestation accablante d’Alexandru Moisei, un témoin entendu au début de l’enquête de l’IGS qui aurait été « truquée » à des fins politiques. Cet immigré roumain, qui avait obtenu une carte de séjour en juin 2007, raconte comment des policiers l’ont mis sous pression pour qu’il mouille un haut fonctionnaire.

Des policiers de l’IGS sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir manipulé des P-V, déformé des déclarations de personnes en garde à vue et modifié des comptes rendus d’écoutes téléphoniques pour provoquer au total la mise en cause de cinq fonctionnaires, dont quatre ont été mis en examen en 2007. Accusés d’avoir indûment délivré des titres de séjour, ils avaient été suspendus de leurs fonctions avant d’être blanchis définitivement en janvier 2011 par la cour d’appel de Paris.

Scandale sans précédent

Parmi les fonctionnaires visés figuraient Yannick Blanc, patron de la police générale à Paris, jugé proche de Ségolène Royal, candidate socialiste à la présidentielle de 2007, et Christian Massard, officier de sécurité de l’ancien ministre socialiste de l’Intérieur Daniel Vaillant. Depuis, neuf plaintes, dont trois pour faux en écriture publique, ont été déposées. À ce jour, huit informations judiciaires confiées à quatre juges d’instruction ont été ouvertes pour faire la lumière sur ce scandale sans précédent dans les annales de la préfecture de police de Paris.

Le préfet de police Michel Gaudin, entendu comme témoin assisté, a apporté son soutien aux fonctionnaires de l’IGS dans un entretien accordé au journal Le Monde, qui a révélé l’affaire : « En l’état actuel de mes informations, je n’ai connaissance d’aucun manquement qui puisse leur être reproché. En outre, aucune de ces personnes n’a été mise en examen. Ces fonctionnaires conservent tout mon soutien. » Mais les témoignages accablants se succèdent : la semaine dernière, Le Point.fr révélait qu’un commandant de police semblait avoir été trahi par l’IGS, son propre service, qui aurait falsifié sa signature.

Le témoignage d’Alexandru Moisei vient noircir encore le tableau. Ainsi, comme Le Point a pu le vérifier, Alexandru Moisei évoque de « fortes pressions » de la part des policiers lors de son audition « Ils interprétaient à leur façon ce que je disais, par exemple que je couchais avec Bruno Triquenaux (NDLR : l’adjoint de Yannick Blanc) et que celui-ci prenait de l’argent sur des cartes de séjour qu’il faisait. Quand j’ai contesté ce qu’ils avaient écrit, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas passer trois quarts d’heure de plus avec moi, qu’ils étaient pressés et que je n’avais pas la possibilité de corriger. »

Fadettes : le patron de la police des polices contredit Courroye

Le Point.fr – Publié le 20/02/2012 à 16:40

Claude Bard affirme que le procureur de Nanterre lui a explicitement demandé le contenu des SMS d’un journaliste du « Monde ».

Philippe Courroye est soupçonné d'avoir cherché à identifier les sources de journalistes du "Monde" travaillant sur l'affaire Bettencourt. Philippe Courroye est soupçonné d’avoir cherché à identifier les sources de journalistes du « Monde » travaillant sur l’affaire Bettencourt. © Charles Platiau / Reuter

Le patron de la police des polices (IGS), Claude Bard, a contredit Philippe Courroye devant les juges en affirmant que le procureur de Nanterre avait explicitement demandé à l’IGS le contenu des SMS d’un journaliste du Monde, selon le P-V d’audition publié lundi par Le Monde. Claude Bard a été entendu le 17 février comme témoin assisté dans l’enquête sur les factures téléphoniques détaillées (« fadettes ») de journalistes du Monde.

Le procureur de Nanterre Philippe Courroye a été mis en examen dans cette affaire, soupçonné d’avoir cherché à identifier les sources de journalistes du Monde travaillant sur l’affaire Bettencourt en demandant à l’IGS d’analyser leurs factures téléphoniques détaillées.

Claude Bard a indiqué avoir reçu un coup de fil de Philippe Courroye le 28 septembre. « Lors de cet entretien, il m’a demandé s’il était possible d’obtenir techniquement le contenu des SMS », a indiqué Claude Bard aux juges d’instruction, selon le P-V d’audition publié par Le Monde. « J’ai répondu non si ce n’est pas dans un cadre judiciaire approprié, à savoir dans le cadre d’une commission rogatoire« , a-t-il ajouté, précisant avoir demandé à Philippe Courroye de prendre contact avec le numéro deux de l’IGS, Daniel Jacquème.

Démenti

En janvier, Daniel Jacquème a lui aussi accusé, devant les juges, Philippe Courroye d’avoir explicitement demandé à l’IGS le contenu des SMS qu’un journaliste du Monde, Jacques Follorou, avait échangés avec la juge de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez, chargée à l’époque d’une partie de l’affaire Bettencourt. Une réquisition a été établie auprès de l’opérateur Orange, selon Claude Bard, qui précise avoir pensé que c’était « un non-sens puisque l’opérateur était dans l’impossibilité d’y répondre ».

Philippe Courroye tout comme la procureur adjointe de Nanterre Marie-Christine Daubigney réfutent ces affirmations, assurant n’avoir jamais demandé « le contenu des correspondances, c’est-à-dire des SMS échangés ». Philippe Courroye dément également avoir téléphoné à l’IGS. La Cour de cassation a confirmé en décembre que le procureur Courroye avait enfreint la loi sur le secret des sources en réclamant les relevés téléphoniques de journalistes afin de trouver qui les informait dans l’affaire Bettencourt.

Daniel Vaillant : « Il faut supprimer la police des polices »

Le Point.fr – Publié le 17/01/2012 à 19:28 – Modifié le 18/01/2012 à 07:16

L’ancien ministre de l’Intérieur estime qu’en truquant une enquête contre cinq fonctionnaires, la police des polices s’est définitivement déconsidérée.

Daniel Vaillant à l'Assemblée en 2008.Daniel Vaillant à l’Assemblée en 2008. © Patrick Kovarik / AFP

Propos recueillis par et

Dans l’affaire de l’enquête truquée de l’IGS, l’un des cinq fonctionnaires visés était Christian Massard, l’agent de sécurité de Daniel Vaillant, député PS de Paris. L’ancien ministre de l’Intérieur du gouvernement Jospin ne peut s’empêcher d’y voir une manipulation politique. Et note que les auteurs des manipulations ont tous bénéficié de promotions, tandis que certains des fonctionnaires visés n’ont pas même été réintégrés.

Le Point.fr : Vous laissez planer des soupçons de manipulations de la part de l’IGS, la police des polices. Sur quels faits vous fondez-vous ?

Daniel Vaillant : D’abord, le contexte. L’affaire démarre en 2006-2007, lorsque Nicolas Sarkozy est encore ministre de l’Intérieur, et Claude Guéant son directeur de cabinet. Les deux hommes tiennent l’Intérieur depuis 2002 avec seulement une petite interruption lors du passage de Dominique de Villepin, Place Beauvau. Tout part d’une note des RG sur le service des affaires réservées (un service de la préfecture de police de Paris, chargé des affaires sensibles et des petits services aux personnalités). On sait que les notes des RG reposaient parfois sur des bruits de couloir. Il devait y avoir aux Affaires réservées des rivalités de personnes, comme dans de nombreux services, et certains ont colporté des allégations. Ce qui a permis de construire une histoire.

Aujourd’hui, le préfet de police Michel Gaudin et le ministre de l’Intérieur Claude Guéant disent quasiment découvrir le dossier. J’ai été ministre de l’Intérieur, je connais un peu la musique, j’imagine mal comment sur une affaire sensible qui nécessite une perquisition au bureau de l’agent de sécurité d’un député-maire de Paris, qui plus est, ancien ministre de l’Intérieur, le patron de l’IGS n’en réfère ni au préfet de Paris, ni au directeur de cabinet de la Place Beauvau.

Juste un détail, c’est Christophe Bay, futur directeur adjoint du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, qui est allé dégoter ce fameux expert mandaté pour analyser les pièces (titres de séjour) saisies au service des affaires réservées. Cet attaché de la préfecture de Lyon, qui n’était pas un expert assermenté du droit des étrangers est venu durant cinq jours à Paris sans ordre de mission. C’est Claude Bard, le numéro trois de l’IGS, qui va prendre en charge sur ses deniers personnels son hébergement à Créteil et ses repas. Du jamais-vu. Tout ça sent le copinage et le montage.

Ce sont des mots forts.

Il y a aujourd’hui dans la police un clanisme fort. Tous les policiers qui ont été mêlés de près ou de loin à cette enquête ont bénéficié de promotions. Le commissaire Laborie qui est entré dans mon bureau en poussant Christian Massard est passé en juin chef du premier cabinet d’enquête à l’IGS. Daniel Jacquème, qui a notifié la garde à vue à Yannick Blanc, l’ex-directeur de la police générale, a quitté l’IGS quelques jours plus tard pour être rattaché à la sécurité du préfet de police. Il est aujourd’hui numéro deux de l’IGS. Claude Bard, ancien numéro deux de l’IGS, est directeur du service aujourd’hui. En 2009, il est passé contrôleur général puis, lors de l’été 2011, il est promu inspecteur général, alors que les autorités policières ne peuvent pas ignorer que la chambre d’instruction a rendu un non-lieu pour tous les fonctionnaires mis en cause. Il reçoit aussi, cerise sur le gâteau, la Légion d’honneur. C’était il y a quatre mois. Le brigadier major qui a interrogé mon agent de sécurité en garde à vue est devenu major à l’échelon exceptionnel. Et ceci, postérieurement à la plainte déposée contre lui par Christian Massard. Quant à Christian Bay, il vient d’être nommé préfet de l’Aube. Et son fameux expert Stéphane Béroud est directeur de cabinet du préfet de l’Ardèche. Pour finir, Pascal Mailhos, l’ancien patron de la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG), qui avait signé avec le préfet de police Michel Gaudin les arrêtés de suspension des fonctionnaires, il est aujourd’hui préfet de Bourgogne. Il a pourtant été auditionné par le juge sous le statut de témoin assisté. Son collaborateur a été nommé inspecteur général de l’administration.

Lorsqu’on compare la carrière de ces hommes avec ceux qui ont été mis en cause, on ressent un certain malaise. Christian Massard, mon agent de sécurité vient tout juste d’être réintégré à sa demande. Il s’occupe de gestion au SPHP (service de protection des hautes personnalités). Il n’a pour l’instant obtenu aucune réparation. Dans cette affaire, il y a eu cinq fonctionnaires mis au tapis.

Cette affaire semble vraiment vous avoir touché.

Oui, mettez-vous à ma place. Je suis en réunion publique, rue de la Guadeloupe, le 1er juin 2007, lorsque j’apprends la nouvelle : mon agent de sécurité Christian Massard est en garde à vue. Je suis préoccupé. Christian Massard est alors à mon service depuis dix ans. Lorsque j’étais à l’Intérieur, il était le chef de ma sécurité avec dix-sept policiers sous ses ordres. Commandant fonctionnel, il a ensuite choisi de rester à mes côtés, alors qu’il aurait pu prétendre à un poste plus prestigieux. Ce choix m’a touché. Nous sommes nés l’un et l’autre un 19 juillet, ça rapproche. Bref, c’est un affectif et un parfait honnête homme.

Le lendemain matin, je suis à mon bureau de très bonne heure. Ni ma secrétaire, ni mon directeur de cabinet ne sont arrivés. Brusquement, sur les coups de 8 h 30, ma porte s’ouvre. Trois policiers, dont un commissaire, débarquent sans frapper dans mon bureau en poussant mon agent de sécurité qui n’a plus de lacets aux chaussures, ni de ceinture au pantalon. Je m’inquiète de ce qui se passe, on m’annonce que Christian Massard est en garde à vue et que l’on va perquisitionner son bureau. Ça fait drôle, j’étais quand même l’ancien ministre de l’Intérieur. Je pensais qu’ils voulaient perquisitionner mon bureau. Ce qui aurait expliqué leur entrée fracassante. Mais non, il voulait perquisitionner le bureau des agents de sécurité. Ils sont descendus avec ma secrétaire qui était arrivée entre-temps et sont entrés dans l’ordinateur de mon chef de cabinet. Puis ils sont repartis comme ils étaient arrivés.

J’ai reçu un coup de fil de M. Pierre Mutz, le préfet de police de Paris en poste à l’époque, qui s’est excusé de ne pas m’avoir prévenu. Il m’a alors expliqué que mon gars n’avait sans doute pas grand-chose à se reprocher tout en me précisant, je cite : « Enfin, c’est l’IGS, je ne vous en dis pas plus. » Pierre Mutz s’en foutait, il savait qu’il allait partir. Trois semaines plus tard, il était nommé préfet de la région Ile-de-France.

Pourquoi les policiers sont-ils venus dans mon bureau ? Par courtoisie ? La vraie courtoisie aurait été que le commissaire entre seul, m’avertisse de la garde à vue de mon agent de sécurité et de la perquisition dans son bureau. En réalité, ils n’avaient en rien besoin de faire irruption dans mon bureau. Je suis convaincu qu’ils voulaient humilier Christian Massard et me déstabiliser à quelques jours des élections législatives.

Christian Massard était atteint d’un cancer à l’oeil. Il n’a pas pu bénéficier des deux visites médicales supplémentaires auxquelles il avait droit. Commandant fonctionnel, il a été interrogé par un simple brigadier. Ce qui est exceptionnel. Un brigadier qui l’a tutoyé, insulté. De plus, lors de sa garde à vue, ce père a reçu la visite de son fils de 18 ans en cellule. Ce qui est assez dégradant. Le jeune homme s’est retrouvé avec son père et sa mère qui étaient en garde à vue. Mon agent de sécurité a été broyé.

Vous considérez-vous comme une victime dans cette affaire ?

Je relativise beaucoup, car j’ai été réélu comme député en 2007. J’ai sans doute été ciblé, on aurait bien aimé m’accrocher à travers mon agent de sécurité. Les victimes, ce sont les cinq fonctionnaires qui ont été mis au tapis. Certains n’ont pas encore été réintégrés dans la police. Le ministre de l’Intérieur se doit de réhabiliter ces fonctionnaires injustement bafoués.

Lorsque j’ai su que le dossier était vide, je me suis rapproché de Me Lepidi, l’avocat de tous les fonctionnaires mis en cause. J’ai décidé de porter plainte. Une plainte que Jean-Claude Marin, le procureur de Paris, s’est empressé de classer sans faire aucune investigation. Ce magistrat m’a reçu dans son bureau en tentant de relativiser les choses. Je lui ai fait remarquer que mon téléphone portable avait été écouté. Ce qui ne l’a pas fait réagir outre mesure. J’en ai alors parlé à Michèle Alliot-Marie qui était la garde des Sceaux, sans plus de résultat.

Comment réagissez-vous à l’interview de Michel Gaudin, le préfet de police de Paris, dans Le Monde qui apporte son soutien à l’IGS ?

Je n’ai pas compris qu’il n’ait pas un mot de regret, d’excuse pour les victimes. En continuant à soutenir l’IGS, il accentue le désespoir des victimes. Mettez-vous à la place du citoyen qui constate que l’on a passé volontairement des policiers à la moulinette. Quelle image de la police peuvent-ils avoir après de tels manquements ?

En tant que parlementaire et ancien ministre de l’Intérieur, que comptez-vous faire ?

L’IGS est aujourd’hui entachée. Elle n’a plus lieu d’être, il faut la supprimer. Ce corps d’inspection « maison » ne représente plus les garanties nécessaires d’indépendance et de transparence. Il faut que la police nationale – la préfecture de police comprise – se dote d’un nouveau corps d’inspection. La police qui enquête sur la police, ce n’est plus possible. Parfois, les fonctionnaires ont été amenés à travailler ensemble. Des animosités peuvent resurgir. Beaucoup de policiers partagent mon sentiment. Je pense qu’il y a eu dans la police nationale d’autres victimes des turpitudes de l’IGS. On ne le saura jamais.

Pourquoi ne pas avoir supprimé l’IGS quand vous étiez ministre de l’Intérieur ?

Trouvez-moi une affaire mettant en cause l’IGS au cours de mes 22 mois Place Beauvau. Elle ne se serait pas permis de faire n’importe quoi. À l’époque, personne ne m’a alerté sur un problème avec l’IGS. Il y a un problème de management dans ce corps, on y met aujourd’hui n’importe qui, alors qu’on devrait y placer les hommes les plus compétents. La police doit être irréprochable. Et a fortiori la police des polices. Celle-ci n’est pas là pour monter des chantiers contre les fonctionnaires.

Pensez-vous que la police soit aujourd’hui instrumentalisée à des fins politiques ?

La police doit être un instrument du pouvoir, mais au service du citoyen. Depuis dix ans, il y a une volonté de la part du pouvoir d’instrumentaliser la police à des fins politiques. Un jour ou l’autre, il y a un retour de bâton, comme on dit. À l’époque, lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, certains de mes collaborateurs me communiquaient parfois ce qu’on appelait des notes blanches (ces notes de police non signées à caractère confidentiel), je refusais de les lire. Pour les affaires de terrorisme, de drogue, de grande criminalité, j’étais toujours disponible. Mais jamais pour les ragots. Je n’aurais jamais été raconté dans la presse, comme le ministre de l’Intérieur actuel, qu’un opposant politique s’est retrouvé en posture délicate dans le bois de Boulogne. Si le pouvoir disposait de ces informations, pourquoi avoir proposé Dominique Strauss-Kahn au Fonds monétaire international. J’estime en tout cas que Claude Guéant a commis une faute en en parlant.